Le Musée virtuel de l'absinthe - Le monde de l'absinthe et des antiquités liées à l'absinthe. Cuillères à absinthe, verres, carafes, fontaines, livres, affiches sur l'absinthe
Le Rituel de l’Absinthe II
La méthode "verre dans un verre".
Une étude récente a révélé une autre méthode peu connue de préparation de l’absinthe – connue sous le nom de
méthode "verre dans un verre". Pesante dans la pratique, mais fascinante à regarder, elle nécessite de placer la dose
d’absinthe dans un petit verre à pied à l’intérieur d’un verre plus grand, puis d’ajouter l’eau doucement jusqu’à ce
que toute l’absinthe du petit verre soit expulsée et déborde dans le grand verre. Cette méthode n’a jamais été
grandement utilisée, mais est historiquement authentique. Son usage est documenté en France vers 1840, est aussi
référencée dans le livre légendaire de George Saintsbury "Notes on a Cellar-book", qui bien que publié en 1920
répertorie principalement les habitudes de consommation des années 1870 et 1880. Il semble probable que cette
méthode subsita plus longtemps en Angleterre qu’en France.
Du livre de 1870 montré plus haut (scans de la collection de Peter Schaf) :

En ce temps-là, - il y a quarante ans, - on ne faisait pas son absinthe comme aujourd'hui.Le docteur Pichet prenait
d'abord un grand verre dans lequel il posait un petit verre à pied plein de l'attrayante liqueur; puis, saisissant la carafe
entre le pouce et l'index, il laissait tomber l'eau fraîche, goutte à goutte, sur l'absinthe, qui perdait de son ton vif, se
troublait, débordait, s'épaississait et arrivait enfin à cette nuance si fort appréciée par les amants de la Muse Verte. Il avait
de légers mouvements du poignet, en tout semblables à ceux d'un maître d'armes qui tâte le fer d'un adversaire. Cette
délicate opération terminée, le docteur retirait le petit verre, qui ne contenait plus que de l'eau pure, et me présentait la
précieuse infusion en s'écriant : Goûtezmoi ça!
De "Notes on a Cellar-book", par George Saintsbury. Londres, 1920.

Toutefois, je ne fermerai pas ce court chapitre sans dire une chose sur la prétendue
plus terrible de toute – la ‘Muse Verte’ – l’Eau de l’Etoile d’Absinthe, celle par qui de
nombreux hommes sont morts – l’absinthia tetra, considérés comme méritant l’
adjectif de façon pire encore que celle dont parlaient les grands poètes romains.

Je suppose (bien que je ne puisse dire qu’elle m’en a fait) que l’absinthe a causé
beaucoup de dégâts. Son principe est trop puissant, pour ne pas dire trop toxique,
pour ne rien laisser, aveuglément et intensément, dans la charpente humaine. Elle
était, je pense, comme un pouvoir terriblement puissant, et personne sauf le genre
de dément qu’elle était sensée engendrer, et dont on pensait qu’il était destiné à la
démence, ne l’aurait bue ‘pure’. Une fois que j’étais ivre, j’eus une expérience
inoffensive mais très amusante. Le défunt Bishop Creighton et moi-même avions
des logements contigus, durant la dernière partie de notre vie d’étudiants à Oxford,
dans l’un des vieux bâtiments, maintenant détruits, à l’est de l’Université. Nous les
utilisions pratiquement en commun, occupant un salon pour manger et l’autre pour
travailler. Une fois nous avions quelques hommes à dîner, et dès que le dernier fut
parti, notre brave logeuse, qui tournait en rond à l’étage de façon agitée, accoura
dans la pièce en criant, ‘O ! gentilhommes, est-ce du poison que cette chose ?
Nous demandâmes bien naturellement des éclaircissements. Il apparut qu’un verre d’absinthe, qui avait été versé mais pas
utilisé, avait été emporté en bas, et que notre excellent logeur, observant sagement, alors que sa femme dit, de façon quelque
peu réprobatrice, ‘ça doit être bon si le gentilhomme le boit,’  l’avait vidée d’un trait sans eau, mais comme elle dit ‘tel qu’il le
ferait avec du gin’, et l’avait bien entendu trouvée un peu trop forte pour lui. Nous apaisâmes ses peurs et recommandâmes une
pleine gorgée d’eau, ajoutant de la façon la plus délicate possible, l’avertissement qu’il n’était pas toujours nécessaire de boire
la liqueur laissée de côté, et la congédiâmes. Nous nous efforcâmes aussi – pour Creighton qui était comme Thackeray’s
Jones ‘un type plein de bons sentiments, qui plus tard entra dans les ordres,’ et j’espère que je n’étais pas moins agréable, bien
que ma destinée était plus profane – de ne pas trop rire jusqu’à ce qu’elle eut fermé la porte.

Une personne qui boit de l’absinthe pure mérite son destin quel qu’il soit. L’arôme est concentré jusqu’à la répulsion; l’alcool
brûle ‘comme une procession de flambeaux’, vous devez avoir une tête exceptionnellement résistante ou fatalement
accoutumée si cette tête ne fait aucun mal après cela.

De plus, vous perdez tout
le cérémonial et le protocole qui rendent sa consommation délicieuse à un homme de goût.
Lorsque vous avez mis le verre de liqueur debout dans un grand verre avec un fond aussi plat que possible, vous devez
verser, ou vous faire verser, de l’eau doucement dans l’absinthe elle-même, afin que le mélange déborde d’un récipient
vers l’autre.  La façon avec laquelle l’émeraude profonde du spiritueux pur se voile tout d’abord en ce qui pourrait être la
couleur d’une étoile-émeraude, si le Tout-Puissant s’était satisfait d’achever le quartette des étoiles-gemmes, puis en
opale ; l’opale s’éclaircissant au fur et à mesure de l’opération ; et enfin lorsque le verre de liqueur ne contient plus que de
l’eau pure, la boisson est prête, la combinaison extraordinaire d’un caractère rafraîchissant et réconfortant dans son
odeur et sa saveur – tout ceci parfait une agréable expérience
. Comme tout autre expérience agréable, elle ne doit sans
aucun doute être répétée trop souvent. Je ne bois moi-même jamais plus d’une absinthe par jour, et je n’en ai jamais bu plus d’
une depuis une trentaine d’années. Mais la Muse Verte est assez bonne diablesse si vous n’abusez pas d’elle ; et lorsque vous
débarquez après de rudes tourments sur les océans elle vous accueille comme personne d’autre ne le fera.
Préparation d’une absinthe en utilisant la méthode ‘verre dans un
verre’.


Le grand verre date des années 1850.

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