A propos de cette époque tourmentée, il est intéressant de lire les journaux à sensation tels que l'Oeil de la Police.
Le Nouveau Détective ou tous ces torchons qui se régalent de titres choc et de photos sanguinolentes n'ont rien inventés...

L'Oeil de la Police est un journal hebdomadaire de 12 pages, imprimé de 1908 à 1914.
Il était en couleur, mais toutefois imprimé sur du papier de basse qualité, et vendu 10 centimes.
Il relatait surtout des faits violents, meurtres, assassinats, attentats et accidents.
Le drame humain rentre au cœur des préoccupations collectives, suscite passions et compassion.
À la Belle Époque, avec la montée en puissance du syndicalisme révolutionnaire et des grèves, la violence sociale offre un nouveau visage au travers du dessin de presse.

Les dessinateurs de L’Œil de la police recourent à des mises en scènes très dynamiques où domine l’oblique, où la composition est sans cesse chahutée. L’image est parfois compartimentée dans le but d’illustrer un déroulement, comme le cinéma naissant permet de le faire. Les visages expriment l’effroi, avec surtout des bouches grandes ouvertes, des yeux exorbités.
Dans L’Assiette au beurre (1901-1912) par exemple, combien de scènes de manifestations réprimées, de mises à mort de soldats insoumis, de mutilations « d’indigènes »… Le corps souffrant côtoie le corps en révolte, prompt à lutter pour son émancipation.
À l’opposé, la presse réactionnaire dénonce les violences sociales comme le fait des classes dangereuses et présente souvent l’ouvrier révolté ou l’anarchiste comme un « apache », c'est-à-dire un criminel de droit commun.
Elle défend avec vigueur la peine de mort à un moment où des radicaux et des socialistes au pouvoir discutent de la supprimer.
Le fait divers doit effrayer le bon bourgeois et lui rappeler combien les passions peuvent détruire « l’harmonie sociale » défendue par… la République conservatrice.
Quand les journaux favorisaient déjà la politique sécuritaire…

L'œil de la police
Crimes et châtiments à la Belle Époque
de Michel Dixmier et Véronique Willemin
Éditions Alternatives,
2007, 143 p., 29 €
(Je l'ai acheté une poignée de cacahuètes chez NOZ

)
A noter que seul deux collections de ce journal subsistent dont une à la Bibliothèque nationale de France :
Notice n° : FRBNF32828113 Cote : JO-30171