
| Livres sur l'absinthe XVI - Guguss |
| "Guguss" a été conçu et édité par le remarquable Genevois, Louis Bron, une force de la nature (littéralement - il pesait dans les 150kg) bon vivant, satiriste, politicien et éditeur. Ce journal satirique révolutionnaire a d'abord était publié à Genève en 1894. Il mettait en avant un étroit mélange de textes écrits à la main et de caricatures percutantes d'Albert Gantner (sous le nom de Polyte). Guguss affichait la fausseté et l'hypocrisie partout ou Bron en trouvait et attirait un ensemble de plus de 250000 lecteurs fidèles, qui attendaient avidement la nouvelle édition distribuée dans les bars et les cafés tous les samedis. En tant qu'ardent passionné de la Fée Verte, Bron s'assurait que Guguss soit au premier plan de la bataille pour sauvegarder l'absinthe de la prohibition, et dans les années suivant 1905 plusieurs articles et même parfois des éditions complètes du journal étaient dédiés à attaquer le mouvement prohibitionniste, et à faire campagne en faveur de l'absinthe, invariablement surnommée "coueste" par Bron. Imprimé à Saint Gervais, ou Bron a était pendant un temps le maire honorifique, Guguss a été une publication éphémère réalisée avec du papier à bas prix, et les éditions survivantes de ce journal sont très rare (et manquantes même dans la plupart des librairies institutionnelles Suisse). Les extraits ci-dessous montrent la réaction de Guguss au tapage provoqué par l'affaire Lanfray, et au référendum consécutif dans le canton de Vaud, la première tentative législative sérieuse pour l'interdiction de l'absinthe en Suisse. Le mouvement de modération a profité des horribles meurtres de Lanfray à Commugny pour renforcer ses arguments en faveur de l'nterdiction de la boisson. Jean Lanfray, un paysan Suisse d'origine Française, ayant bu 2 verres d'absinthe, a assassiné sa femme enceinte et ses 2 filles, avant de tenter de se suicider. Il échoua, et sera trouvé le lendemain matin effondré en travers des corps morts. La réaction public à cette affaire, attisée par la sinistre couverture médiatique - a été incroyable, et focalisée sur un seul détail - les 2 verres d'absinthe qu'il avait bu au préalable. Oublié fut le fait que Lanfray était un alcoolique notoire qui buvait jusqu'à 5 litres de vin par jour. Oublié aussi fut le fait que le jour du drame, il n'avait pas seulement consommé deux verres d'absinthe avant d'aller au travail - des heures avant la tragédie - mais aussi une crème de menthe, un cognac, six verres de vin pour faire passer le déjeuner, un autre verre de vin avant de partir du travail, ainsi qu'un café arrosé, un litre entier de vin sur la route du retour, et enfin un autre café arrosé au marc. Les gens n'ont eu aucun doute sur le fait que ce soit l'absinthe qui avait provoqué ça. En quelques semaines, une pétition demandant que l'absinthe soit interdite en Suisse fut signée par plus de 82 000 personnes de la région. Du fait de la grande taille de la plupart des scans ci-dessous, une connexion ADSL est recommandée. |
| Guguss Vol 22 #4 11 Nov 1905 Absinthe Bron traite les responsables de la campagne de modération comme des fouilles merde parasitaires, cherchant toujours une cible a attaquer, comme Don Quichotte et ses moulins à vent. Il se plaint du fait qu'ils se mèlent de ce qui ne les regardent pas, et qu'ils rabâchent sans cesse les détails macabres du meurtre de Lanfray. Il mentionne le fait que les producteurs de vin sont derrière la campagne anti-absinthe, et le fait que les prêtres locaux sont de mèche avec eux - il dit que si vous demandez à voir une bible à une assemblée de prêtres pendant le déjeuner, personne n'en possédera une sur lui - maintenant demandez leur un tire-bouchon, et tous, sans exception, en sortira un de leur poche. Il parle des vertues de la consommation modérée de l'absinthe - il n'en prend lui-même qu'une par jour - et fait remarquer que beaucoup de gens on été tués au nom de la religion, sans avoir bu une goutte d'absinthe ! |
| Guguss Vol 23 #23 22 Sep 1906 Cette édition - imprimée en vert d'absinthe - était entièrement consacrée au référendum de Vaud programmé pour le jour suivant, le dimanche 23 septembre 1906. Bron fait un plaidoyer final enflammé en faveur de la survie de la Fée Verte. Il fait ressortir le fait que l'interdiction de l'absinthe n'arrêtera pas l'alcoolisme, mais va juste conduire à la clandestinité, ou il sera plus dur de la contrôler. Il prédit - à juste titre - que les producteurs clandestins vont immédiatement enchainer pour combler le vide laissé par l'interdiction du produit légal. Suivant l'argumentaire de Bron, une série de couplets satiriques mettent en contraste les virtues de l'absinthe avec le thé à la camomille, la boisson préférée des responsables des modérateurs. |
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